Il mio incontro con Proust

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Non so perché ma ricordo il mio primo incontro con Proust. In realtà, per essere onesto, so molto bene perché me ne ricordo. C’era una biblioteca municipale scura e polverosa. Una vecchia bibliotecaria, miope come una talpa, vestita sobriamente e desiderosa di far rispettare un silenzio assoluto sul suo posto di lavoro. Non perché desiderasse rendere la lettura dei visitatori più gradevole, bensì perché non sopportava il minimo rumore. Il movimento brusco di una sedia la faceva trasalire, il rumore di un libro caduto la faceva alzare sulle sue due gambe corte avvolte, in estate come d’inverno, da calze opache. All’uscita da scuola, aspettavo l’autobus che mi portava a casa proprio davanti la biblioteca. Per ammazzare il tempo e ripararci dalle gocce di pioggia, io e i miei amici finivamo spesso dietro la porta dell’edificio municipale. Certo non per leggere. La pioggia non si fermava quasi mai. Tra me e la realtà c’erano le lenti umide dei miei occhiali e le vetrate della biblioteca. Non dovevo perdere l’autobus, altrimenti avrei camminato diversi chilometri sotto la pioggia battente per poi affrontare mia madre, ad attendermi sulla soglia di casa. Non dovevo perdere l’autobus, che sarebbe arrivato da sinistra, nel punto in cui la vetrata era appannata. I libri si trovavano dietro di me. La strada, davanti. Il tempo passava lentamente. Era tutto. Tempo allo stato puro. Il tempo dell’attesa, quello in cui si immaginano mille scenari che non si realizzano mai.

Un giorno, l’autobus non arrivò. Un impiegato della compagnia venne ad affiggere un piccolo manifesto alla fermata. Lo riconobbi dalla sua giacca di colore verde, come il logo della società. Corsi a leggere. Naturalmente pioveva. I miei passi nelle pozzanghere, l’acqua sugli occhiali e sui capelli.

“L’autobus delle 17 è annullato. Prossima corsa alle 18.”

Tornai di fretta a ripararmi nella biblioteca. Non serviva più a nulla voltare le spalle ai libri e guardare la strada in attesa di quel maledetto autobus, divenuto fantasma. Invertii le posizioni. La strada dietro di me, i libri davanti. La bibliotecaria mi vide arrivare, tutto gocciolante ad ogni movimento. Temeva sicuramente che la pioggia finisse su di uno dei libri, poiché mi tese uno strofinaccio i cui colori originari erano spariti a forza di essere lavati. Uno strofinaccio talmente usurato che le cuciture laterali erano saltate. Mi asciugai le mani ringraziando l’anziana donna che non era poi così anziana, da vicino. Mi sorrise affettuosamente. Ero nella sua trappola.

  • Cerchi qualcosa, giovanotto?
  • Sì, credo che sia da questa parte…

E mi diressi verso uno scaffale a caso, nonostante dessi l’idea di conoscere perfettamente il posto. Come se, per magia, avessi disegnato la piantina di questa biblioteca di cui conoscevo soltanto il corridoio situato all’ingresso. E lavetrata che mi divideva dalla strada. Una vetrata di cui conoscevo ogni centimetro, ogni graffio.

Lo scaffale era largo e alto, più alto di me. I miei occhiali appannati dall’escursione termica non mi consentivano di distinguere molto bene le opere che lo popolavano. Scorgevo soltanto una fila di libri dalla copertina grigia. E la polvere che mi s’incollava sulle dita quando iniziai a sfiorarli. Polvere che intravedeva una buona opportunità di lasciare infine la biblioteca. Ero il suo salvatore!

Girai la testa e vidi, tra due macchie di vapore, che la bibliotecaria non smetteva di guardarmi. Non volevo che si avvicinasse. Le avevo mentito. Non cercavo nulla quando ero entrato. Ed è per questo che avrei trovato.

Si alzò, ben decisa ad aiutarmi.

Afferrai il primo libro grigio, quello all’estrema sinistra, senza nemmeno distinguerne il titolo. I passi si avvicinavano. Lo sfogliai rapidamente come se fossi sicuro del fatto mio. La vecchia non così vecchia si piazzò alle mie spalle. Lo aprii alla prima pagina. Prima frase. Senza più muovermi. L’immobilità mi conferiva la sicurezza di cui avevo bisogno in quel momento e che avrebbe fatto andar via la bibliotecaria.

“A lungo, mi sono coricato di buon’ora…”

La trappola si richiuse…su di me.

Michaël Uras

(Traduzione a cura di Carmen Ranfone)

 

proust

Je ne sais pas pourquoi mais je me souviens de ma rencontre avec Proust. Ou, pour être plus honnête, plus franc, je sais très bien pourquoi je m’en souviens. Il y a avait une bibliothèque municipale sombre et poussiéreuse. Une vieille bibliothécaire,  myope comme une taupe, habillée pauvrement et désireuse de faire respecter un silence absolu sur son lieu de travail. Non parce qu’elle souhaitait rendre la lecture des visiteurs plus aisée, non, elle ne supportait aucun bruit. Un mouvement brusque de chaise la faisait tressaillir, une chute de livre la faisait se dresser sur ses deux petites jambes recouvertes, été comme hiver, de bas opaques. Lorsque je sortais de l’école, j’attendais le bus qui me ramenait à la maison juste devant cette bibliothèque. Avec mes amis, pour tuer le temps et éviter les gouttes de pluie, nous finissions souvent derrière la porte de l’établissement municipal. En aucun cas pour lire. La pluie ne cessait presque jamais. Il y avait les verres de mes lunettes humides et encore les vitres de la bibliothèque avant de rejoindre la réalité. Il ne fallait pas rater le bus, sous peine de marcher plusieurs kilomètres sous la pluie battante et d’affronter ma mère qui m’attendrait sur le seuil de la maison. Il ne fallait pas rater le bus qui arriverait de la gauche, là où la vitre était embuée. Les livres étaient derrière. La rue, devant. Le temps passait lentement. Il était tout. Du temps à l’état pur. Le temps de l’attente, celui où l’on façonne mille scénarii qui ne se réalisent jamais.

Un jour, le bus n’arriva pas. Un employé de la compagnie vint placarder sur l’abribus une petite affiche. Je le reconnus à son veston de couleur verte, comme le logo de sa société. Je courus pour lire. Il pleuvait, bien sûr. Mes pas dans les flaques, l’eau sur mes verres et mes cheveux.

« Le bus de 17h00 est annulé. Prochain départ, 18h00. »

Je retournai à toute allure me protéger dans la bibliothèque. Il ne servait plus à rien de tourner le dos aux livres et de regarder la rue dans l’attente de ce satané bus, devenu fantôme. J’inversai les positions. La rue derrière, les livres devant. J’avançai. La bibliothécaire me regarda arriver, gouttant à chaque seconde, à chaque mouvement. Elle redoutait sans doute que ne pleuve sur l’un des ouvrages car elle me tendit un torchon dont les couleurs originelles avaient disparu dans la machine à laver. Un torchon si usé que les coutures latérales éclataient. J’essuyai mes mains et remerciai la vieille femme qui n’était pas si vieille, de près. Elle me sourit avec tendresse. J’étais dans son piège.

  • Tu cherches quelque chose, jeune homme ?
  • Oui, je crois que c’est par là…

Et, je me dirigeai vers une étagère, au hasard, tout en donnant l’air de connaître parfaitement les lieux. Comme si, par magie, j’avais dessiné les plans de cette bibliothèque dont je ne connaissais que le vestibule situé à l’entrée. Et la vitre qui me séparait de la rue. Une vitre dont je maitrisais chaque centimètre, chaque rayure.

L’étagère était large et haute, plus haute que moi. Mes lunettes embuées par l’amplitude thermique ne me permettaient pas de distinguer parfaitement les ouvrages qui la peuplaient. Je ne percevais qu’une rangée de livres à la couverture grise. Et la poussière qui s’agrippait à mes doigts quand je commençai à les poser sur la série. La poussière qui voyait là une bonne occasion de quitter enfin cette bibliothèque. J’étais son sauveur !

Je tournai la tête et vis, entre deux taches de buée, que la bibliothécaire ne cessait de me regarder. Je ne voulais pas qu’elle approche. Je lui avais menti. Je ne cherchais rien en entrant. Et, c’est pour cela que j’allais trouver.

Elle se leva, bien décidé à me renseigner.

Je saisis le premier livre gris, celui tout à gauche, sans même en distinguer le titre. Les pas se rapprochaient. Je le feuilletai rapidement comme si j’étais sûr de mon fait. La vieille pas si vieille se posta derrière moi.  Je l’ouvris à la première page. Première phrase. Sans plus bouger. L’immobilité me conférerait l’assurance dont j’avais besoin en cet instant et ferait fuir la bibliothécaire.

« Longtemps, je me suis couché de bonne heure… »

Le piège se referma…sur moi.

Michaël Uras

Michaël Uras est né en 1977. D’origine sarde, par son père, il a suivi des études de lettres à la Sorbonne. Il est aujourd’hui professeur de lettres modernes. Il a publié trois romans : Chercher ProustNos souvenirs flottent dans une mare poisseuse et Aux petits mots les grands remèdes. Tous les trois au Livre de Poche. En mars 2018 paraitra son nouveau récit.

 

 

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